“Le jour où Nina Simone a cessé de chanter”

Riceviamo e pubblichiamo un articolo proposto dai lettori di Aostasera in merito allo spettacolo offerto nei giorni scorsi dalla Saison Culturelle: "Le jour où Nina Simone a cessé de chanter”.
“Le jour où Nina Simone a cessé de chanter”
Cultura
Il y avait bien des raisons d’aimer ce monologue joué à Aoste le 19 janvier dernier: l’actrice-narratrice-auteure du texte déroule en robe superbement rouge sa vie en petites tranches succulentes ou terribles, toujours scandées par le chant de Nina Simone. La vie de « Noun » est évoquée depuis sa naissance jusqu’à exactement aujourd’hui, où elle se montre à nos yeux, avec cette principale raison de vivre, d’écrire et de jouer : rendre honneur et mémoire à son père, journaliste et témoin, « laïc fervent » qui passe une bonne partie de sa vie en prison et qui, de près ou de loin, veille à l’éducation de ses filles à contre-courant de tout ce qui « se fait » normalement dans son propre pays, au Liban. Ainsi, ses filles, musulmanes, sont-elles systématiquement inscrites dans des écoles catholiques pour bien désapprendre les religions, elles sont initiées aux connaissances, à la transgression, à la liberté plus haute que l’amour.
Et pourtant, il y aurait d’autres raisons pour ne pas l’aimer, ce monologue ; car il est vrai que la guerre est distorsion et que Beyrouth bombardée donne lieu à tout le sentiment de vide, de futilité d’une existence qui peut être supprimée d’une minuta à l’autre à cause d’une balle perdue, il est aussi vrai qu’une adolescente comme l’était Darina Al Joundi à l’époque qu’elle nous décrit cherche instinctivement et aveuglément à vivre ce qu’elle peut vivre dans des conditions de guerre civile, déménagements forcés, exils et privations, mais  il devient difficile de comprendre la surenchère de violence sur la violence.  
La femme qu’est devenue Darina raconte au public la recherche effrénée du plaisir, d’étourdissement, d’oubli de son propre corps dans l’ébriété ou dans le sexe ; l’on voit alors sous nos yeux la jeune fille qu’elle était se bafouer, mépriser la jeunesse et la santé dans son corps , et il semble que la guerre ne soit pas en train de détruire seulement des corps, mais qu’elle en vienne aussi à déformer des âmes, complices de ce mal, du moment qu’elles accueillent la perversion.
Elle est belle son histoire de rébellion, les blessures qu’elle reçoit et qu’elle donne, l’amour et la haine qu’elle proclame envers son père, si belle qu’on regrette d’entendre dans son chant arabe et pur et féminin, des notes rauques, plus animales, celles de la dégradation, de la provocation, de la revanche, qui appartiennent à ses propres ennemis et minent la force de cette enfant, de cette adolescente puis de cette femme qui parle, crie, chante, danse et pleure son père et son pays devant nous.
 
de Barbara Wahl

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